Ouvrons le capot du Carré Magique Systémique

Les professionnels du changement — coachs, agilistes, facilitateurs, formateurs, managers,… — sont régulièrement confrontés à des situations difficiles dans les organisations.

Leur premier réflexe ? Souvent, se précipiter pour chercher LA solution.

Et il y avait cette phrase là :
« résoudre les problèmes, sans chercher de solution »
qui m’a fait tilt ! Je suis dit, moi je suis tout le temps à chercher la solution, il y a mon cerveau qui va immédiatement vers la solution à trouver. Et de se dire tiens, si il y a une autre possibilité de voir les choses, autrement ?

— Valérie (promo 2024)

Au lieu de se précipiter sur la recherche de solutions, nous invitons invite à prendre le temps d’explorer la situation et d’en élargir la perception pour faire émerger de nouvelles options potentiellement plus durables.

Si j’avais une heure pour sauver le monde, je passerais 59 minutes à définir le problème et une minute à trouver des solutions.

— Albert Einstein

Un guide : le Carré Magique Systémique

Le Carré Magique Systémique a été conçu pour faciliter ce processus d’élargissement et d’exploration. Sa structure est simple et facile à mémoriser, quatre quadrants :

  • expérience subjective
  • acteurs et contexte
  • communication et interactions
  • co-responsabilité
carré magique systémique
Les quatre quadrants du carré

Sous cette simplicité apparente se cachent des principes et références théoriques, issus de la pensée systémique et de la complexité.

🎓 L’intérêt pédagogique : un modèle simple pour mettre en pratique des concepts plus ardus

Le Carré Magique Systémique est conçu pour offrir un cadre d’analyse immédiatement accessible, tout en permettant un accès progressif aux concepts qui le soutiennent. Derrière cette apparence ludique, chaque quadrant repose sur des principes essentiels.

Ce modèle offre une base pratique et facilement utilisable pour initier les professionnels à l’application pratique de l’approche systémique en entreprise, tout en leur permettant d’accéder progressivement à la richesse théorique et aux applications concrètes qu’il renferme.

Et ça marche :

“Récemment dans une situation d’opposition, en ayant lâché prise, l’interlocuteur en face et est devenu mon meilleur allié pour la suite des opérations“

—  Anthony (promo 2024)

Une approche optimale pour naviguer avec assurance dans la complexité !

🧩 Références générales

Le modèle s’appuie sur des concepts fondamentaux pour interpréter les dynamiques complexes dans les organisations. J’indique pour chaque composant un ou plusieurs auteurs de référence.

Théorie générale du système — Ludwig von Bertalanffy : « […] De tout ce qui précède, se dégage une vision stupéfiante, la perspective d’une conception unitaire du monde jusque là insoupçonnée. Que l’on ait affaire aux objets inanimés, aux organismes, aux processus mentaux ou aux groupes sociaux, partout des principes généraux semblables émergent. »

Primauté des interactions — L’anthropologue Gregory Bateson affirme que « On définit une chose (à tort) par ce qu’elle est censée «être» au lieu de la définir par ses «relations» avec les autres éléments. »

Complexité — Edgar Morin : « Le complexe est vraiment ce qui est tissé ensemble et, d’autre part, les contradictions irréductibles que suscitent les problèmes profonds.
Il existe des contradictions fondamentales pour l’esprit, et le fait de penser en même temps deux
idées contraires représente, à mon avis, un effort de complexité.  »

Évolution des systèmes systèmes hors de l’équilibre — Mony Elkaïm applique les travaux d’Ilya Prigogyne aux situations humaines

« je n’étais pas seul à trouver peu évident de travailler avec des êtres humains en changement, dans leur unicité et leur singularité, tout en utilisant comme référence une théorie qui insiste sur les systèmes à équilibre et les lois générales. ».

Elkaïm évoque ici les limites qu’il ressent dans l’application que le groupe de Palo Alto avait fait de de Ludwig von Bertalanffy, puis l’application que Gregory Bateson et le groupe de Palo Alto avaient fait de la théorie des types logiques de Whitehead et Russell.

« Je me suis alors intéressé aux travaux d’IlyaPrigogine qui portaient sur les systèmes à l’écart de l’équilibre. (…)  je me suis demandé dans quelle mesure des éléments apparemment anodins ne pouvaient pas s’amplifier et changer l’état du système. » cf. « Pour repenser les systèmes » de Mony Elkaïm

Énaction et Auto-poïèse — Selon Humberto Maturana et Francisco Varela notre connaissance est co-construite à travers nos interactions avec le monde. « qu’est-ce qui spécifie le vivant ? »
La réponse Francisco Varela et Humberto Maturana, fut : « ce qui spécifie le vivant est qu’il s’auto-produit. »

L’autopoïèse est une propriété qu’ont certains systèmes à se construire eux-mêmes, en permanence et du fait de leur interaction avec leur environnement. 

etc.

1️⃣ Expérience subjective

Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais plutôt tel que nous sommes

— Emmanuel Kant

Ce premier sous-modèle explore la perception individuelle de la situation et les émotions qu’elle suscite chez l’individu. Il repose sur des concepts clés pour appréhender la subjectivité de la perception.

Constructivisme : « le réel augmenté de notre subjectivité » — Laurent Buratti. Notre perception influence notre interprétation de la réalité. Pour le Constructionnisme social, la construction de la réalité se fait sous l’influence des relations sociales, du discours social dominant.

Intelligence émotionnelle : capacité à reconnaître l’impact des émotions sur notre réponse à une situation.

Index de conscience de la PNL et modèle PEARL de Teresa Garcia : ces modèles montrent comment nos perceptions varient en fonction de notre état de conscience.

modèle PEARL

Système Perception-Réaction — Giorgio Nardone : les réponses émotionnelles automatiques façonnent nos perceptions et comportements. « le concept de « système de perception/réaction », interface dynamique entre l’individu et son milieu, a permis d’intégrer les visions systémique et constructiviste, et de donner une vision à la fois globale et différenciée des diverses composantes des tentatives de solution (la « perception » incluant les aspects interactionnels, comportementaux, les sensations de base et les émotions, ainsi que la pensée réflexive et l’imagination). » J-J Wittezaele

etc.

2️⃣ Acteurs et contexte

Le deuxième sous-modèle pose la question des acteurs de la situation, de leurs enjeux personnels, des contraintes qu’ils perçoivent et de la manière dont le contexte influence leurs comportements. Il favorise une vision élargie des parties prenantes et des interactions.

Pour comprendre le comportement d’un individu, il faut tenir compte des liens entre cet individu et les personnes avec lesquelles il est en relation

— J.J. Wittezaele

Système pertinent — École de Palo-Alto : identifier les acteurs concernés par la situation.

Contexte et comportements — Gregory Bateson : comprendre les comportements en interrogeant leur finalité dans un contexte spécifique. « On ne peut, jusqu’à ce jour, discuter de la finalité d’une action qu’après avoir délimité le système au maintien duquel cette action contribue. »

Rationalité limitée et enjeux — Herbert Simon, Michel Crozier et Erhard Friedberg : les contraintes et enjeux influencent la rationalité des acteurs.

Pouvoir et marge de manœuvre — Michel Crozier : les acteurs influencent le système en fonction de leurs marges de liberté.

Nous faisons tout le temps du mieux que nous pouvons étant donnés la manière dont nous percevons les contextes et les relations d ont nous faisons partie

—Don Jackson – Une logique de la communication

etc.

3️⃣ Communication et interactions

Ce troisième sous-modèle met en lumière la communication entre les acteurs et les processus qui crée souvent des tensions et des paradoxes. La façon dont l’information circule, ou non, les règles du jeu implicites, affectent profondément les dynamiques de groupe.

Répéter une solution inefficace, c’est comme parler de plus en plus fort en anglais à un chauffeur de taxi parisien. Vous aurez beau parler plus fort, il ne vous comprendra pas mieux.

— Lucy Gill

Paradoxes de la communication — Gregory Bateson : les messages implicites et contradictions internes peuvent créer des tensions. Paul Watzlawick et ses 5 axiomes de la communication.

Nouvelle communication — Yves Winkin et Ray Birdwhistell : importance des messages implicites et du non-verbal.

Un individu ne communique pas ; il prend part à une communication ou il en devient un élément.

— Ray Birdwhistell

Boucles de renforcement — Cybernétique : certaines interactions amplifient les problèmes et créent des dynamiques de renforcement.

Tentatives de solutions — MRI de Palo-Alto : certaines solutions mal adaptées peuvent exacerber les problèmes. « Quand la solution est le problème » — Paul Watzlawick

Ce sous-modèle aide à clarifier les malentendus, les flous, les contradictions dans les messages nourrissent souvent les situations difficiles. Le « problème » est envisagé comme résultant de règles de communication implicites, plutôt que trouvant sa source chez un ou plusieurs individus (« c’est la faute à … »).

etc.

4️⃣ Co-responsabilité

Ma part, toute ma part, mais rien que ma part

— François Balta – Approche Systémique Coopérative

Ce dernier sous-modèle encourage une prise de conscience de la responsabilité partagée dans la dynamique du « problème » et donc de la part individuelle de responsabilité dans l’évolution de la situation.

Philosophie stoïcienne puis existentialiste : apprendre à accepter et assumer sa part de responsabilité dans une situation donnée.

Cybernétique de 2e ordre : les intervenants font partie intégrante du système considéré et influencent sa dynamique.

Paradoxes et polarités organisationnelles — Wendy Smith et Marianne Lewis, Barry Johnson : naviguer dans les paradoxes en intégrant des perspectives opposées, gérer les tensions en intégrant les opposés, plutôt qu’en cherchant à les faire disparaître.

La co-responsabilité implique que chaque acteur prenne conscience de son rôle dans le maintien de la situation et de sa capacité à initier le changement.

etc.


Pour plus d’informations sur le parcours « Un regard systémique sur l’entreprise », voir ce site.


Pour aller plus loin

Le lecteur intéressé par un HISTORIQUE DE LA SYSTÉMIQUE 1920-1998 se reportera à un excellent document de 29 pages de nos cousins québecois, avec la réserve qu’il concerne les approches thérapeutiques. (Texte publié dans le volume L’approche systémique en santé mentale, presses de 
l’université de Montréal et Fides, 1999.)

Je suggère dans l’article « Bibliographie pour le Carré Magique Systémique » de combiner trois approfondissements et vous propose une sélection de livres pour cela.

Sélection arbitraire de livres pour approfondir

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