« En tant que coach agile, doit-on coacher au sein d’organisations qui ne seront jamais agiles ? »

1) Un questionnement posté le 17 aout sur LinkedIn par Steeve Evers

Vous pouvez consulter le post de Steeve et les commentaires que cela a sucité en suivant ce lien : https://www.linkedin.com/posts/steeve-evers-b7343928_pour-donner-suite-%C3%A0-un-post-de-martial-segura-activity-6965701512782127107-XBF4 

Dans son post, Steeve livre sa réponse en argumentant sa position.

Même si la formulation de la question m’apparait discutable (j’y reviendrai dans un article ultérieur), il m’a semblé que le sujet méritait quelques développements.

Ces développements se sont avérés requérir plusieurs articles !

Dans le premier de cette série, commençons par interroger le champ de la problématique soulevée : la question posée par Steeve me parait relever du domaine de l’éthique ou de la déontologie.

Domaines peu explorés par les agilistes…

2) Éthique

Un questionnement qui conditionne une décision en rapport à des valeurs personnelles relève de l’éthique.

“L’éthique fait l’examen de la justification rationnelle de nos jugements moraux, elle étudie ce qui est moralement bien ou mal, juste ou injuste.(…) les valeurs et l’éthique fournissent un cadre pour la prise de décision” 

https://www.canada.ca/fr/secretariat-conseil-tresor/services/valeurs-ethique/code/quest-ce-que-ethique.html

Se poser des questions éthiques fait partie intégrante de l’activité d’un consultant : il est normal d’avoir à s’interroger de temps à autre sur le triple alignement entre :

  • ce qui est demandé dans le cadre d’une mission ;
  •  ses valeurs personnelles, pas toujours explicites; 
  • les réponses communément adoptées par la communauté.

D’autres questions similaires peuvent se poser à un agiliste :

  • Que dois-je  faire si ce qu’on me demande de faire en tant qu’agiliste ne me parait pas “agile” ou aller dans le sens de “l’agilité” ?
  • Que dois-je faire si ce qu’on me demande me paraît contraire aux intérêts de l’entreprise ?
  • etc.

Notons que la formulation “que dois-je faire” relève de l’éthique personnelle, elle est différente de celle de l’article “doit-on” : nous y reviendrons par la suite…

La réponse qu’amène Steeve relève de son éthique personnelle, il la justifie d’après ses valeurs propres :

  • « Mon job est de leur faire découvrir et de les aider à trouver un meilleur chemin pour eux même et leur environnement. « 
  • « De mon point de vue, je pense devoir impacter les personnes, peu importe où elles se trouvent. « 

Si le questionnement éthique est indispensable à la professionnalisation du consultant, il est fatiguant et consommateur de temps de se poser des questions éthiques à tout bout de champ ! Faire peser la responsabilité de ce type de choix sur l’individu, et non sur le collectif, représente une source de stress et un coût mental non négligeable.

“La force de la morale, c’est sa cohérence interne. C’est aussi sa faiblesse : à cause de sa systématisation, il y a le risque de mettre le réel entre parenthèses. Mais le risque de l’éthique n’est pas moindre: si elle n’est qu’une discussion indéfiniment ouverte sur le bien et le mal, elle finit par dissoudre ces notions dans le bavardage et de se faire, au final, la caisse d’enregistrement du pathos et de l’opinion. La morale a la dureté de la loi, mais l’éthique a la mollesse d’un dialogue infini.”

https://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/2018/09/28/37002-20180928ARTFIG00023-ethique-et-morale-de-quoi-parle-t-on.php

Diminuer la fréquence des questionnements éthiques, donc individuels, c’est ce qui amène une communauté de professionnels à définir une déontologie…

3) Déontologie

Une éthique partagée

Certaines professions se dotent ainsi d’une déontologie, c-à-d un ensemble de réponses pré-mâchées que le professionnel s’engage à respecter. Cela évite de se reposer en permanence des questions auxquelles d’autres ont déjà réfléchi et répondu.

Pour reprendre l’un des exemples cités plus haut, la question se formulerait alors :

« Que devons-nous faire en tant qu’agiliste, si ce qu’on nous demande de faire ne nous parait pas “agile” ou aller dans le sens de “l’agilité” ? »

La formulation « doit-on » plus vague peut amener dans le domaine de la norme sociale du bien et du mal, ce que l’on nomme « la morale ». Voici une définition relativiste de la morale :

La morale est un ensemble de principes de jugement, de règles de conduite relatives au bien et au mal, de devoirs, de valeurs, parfois érigés en doctrine, qu’une société se donne et qui s’imposent autant à la conscience individuelle qu’à la conscience collective. Ces principes varient selon la culture, les croyances, les conditions de vie et les besoins de la société. 

La toupie : https://www.toupie.org/Dictionnaire/Morale.htm

La déontologie, plus restreinte, s’applique à une profession.

Le psychiatre et superviseur J-A Malarewicz définit ainsi la déontologie

« l’ensemble des règles de fonctionnement qu’une profession se donne à elle-même, pour tenter de résoudre tout ou partie des problèmes éthiques que peuvent rencontrer ses membres ».

Jacques Antoine Malarewicz

Vous pouvez par exemple consulter la déontologie des coachs et mentors de l’EMCC sur son site : http://www.emccfrance.org/deontologie-coach-mentors/

Ou vous référer à celle de l’ICF, une fédération concurrente : https://www.coachfederation.fr/comites/comite-deontologique/code-deontologique-icf/

Le Code de déontologie de l’ICF décrit les valeurs fondamentales de l’International Coaching Federation , ainsi que les principes éthiques et les normes de comportement éthique pour tous les professionnels de l’ICF. Le respect de ces normes éthiques de comportement de l’ICF est la première des compétences clés de coaching de l’ICF. Définition : Comprend et applique de façon cohérente l’éthique et les normes du coaching.

site ICF

Contribuant à l’image de la profession

La déontologie permet aussi de construire une certaine homogénéité de réponses pour une profession donnée, ce qui participe de sa professionnalisation et du renforcement de son image auprès des clients.

Ainsi si la réponse de Steeve reflète son éthique personnelle, elle est discutable d’un point de vue déontologique : sa définition du « coaching » lui est propre.

On peut ainsi se poser la question de la manière dont les commanditaires peuvent considérer une « profession » où chaque intervenant a sa propre définition, ses propres objectifs (« J’aime diffuser les valeurs de l’agilité ») et se soucie assez peu de l’organisation (« je ne coache pas les organisations (…), je coache des personnes »).

Pour plus de détail sur la différence entre éthique et déontologie, je vous renvoie à l’excellent article « Distinction entre éthique et déontologie » :

Il n’est pas nécessaire, pour se conformer à la déontologie, de réfléchir aux valeurs qui la sous-tendent ni même de partager ces valeurs. L’éthique, au contraire, invite le professionnel à réfléchir sur les valeurs qui motivent son action et à choisir, sur cette base, la conduite la plus appropriée.

Distinction entre éthique et déontologie

Et pour les “coachs agiles” ?

A la différence des coachs, les agilistes sont assez mal préparés à ces sujets :

  • peu abordées en formation (orientation plutôt pratique);
  • peu discutées dans les communautés (du moins françaises);
  • pas de fédération;
  • pas de déontologie reconnue et revendiquée;
  • recours encore assez faible à la supervision, souvent confondue avec l’intervision.

Dans le prochain article, je m’intéresserai donc au domaine méconnu et peu discuté de la déontologie des “coachs agiles”.

A suivre 🙂

Image de Mario Aranda de Pixabay https://pixabay.com/images/id-5261062/

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