Les points sur le i d’Agile – épisode 1 « les origines »​

(Initialement publié sur LinkedIn le 12 février 2019 : https://www.linkedin.com/pulse/les-points-sur-le-i-dagile-%C3%A9pisode-1-origines-christophe-keromen/)

Je souhaite contester deux idées reçues fréquemment exprimées :

  1. Non, l’agilité n’est pas née en 2001 avec le manifeste agile, c’est l’objet du présent article
  2. Non, l’agilité ne s’obtient pas via des « méthodes », un second écrit traite de ce point.

Dans les deux cas, je ne suis pas le premier à rappeler des faits contredisant ces croyances, mais comme le disait Andre Gide :

“Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer. »

André Gide

Non, l’agilité n’est pas née avec le manifeste agile

Les « agilistes » ont parfois du mal à sortir de leur pré carré : l’IT.

La voix d’un consultant

Ecoutons donc un non-agiliste-IT parler d’agilité. Extrait de Petite histoire de l’agilité organisationnelle By Eric Delavallée – 6 June 2016 :

Des origines militaires

Le terme agilité vient du combat aérien. Il désigne, à l’origine, la capacité à changer de manœuvre dans le temps. A ma connaissance, il est utilisé pour la première fois par le « monde des affaires » dans un rapport consacré à la stratégie des entreprises industrielles du 21ème siècle écrit à la demande du congrès américain au début des années 1990. Leurs auteurs (S. Goldman, K. Preiss, R. Nagel et R. Dove) suggèrent que l’amélioration incrémentale des organisations issues du modèle organisationnel classique ne permettra pas aux entreprises  d’apporter des réponses satisfaisantes aux exigences d’un nouveau monde dit « post-industriel ». Une logique renouvelée s’impose pour relever ces défis.

Au sein de la communauté

J’ai commencé par une citation hors communauté agile, mais bien entendu certains agilistes ont communiqué sur ce sujet depuis un moment déjà, ainsi de Judicaël Paquet : L’ORIGINE ET LES BASES DE L’AGILE BIEN AVANT LE MANIFESTE AGILE.

« Cependant, on retrouve même ce terme utilisé une année avant soit en 1991 dans le livre la théorie de l’entreprise agile que vous pouvez acheter sur Amazon ; il nous rappelle d’ailleurs ceci :

L’entreprise agile tend vers la vente, à chaque client, de « solution totales » mélangeant biens, services et informations, à haut niveau de différenciation et au prix de série et ce, compte-tenu du degré d’exigence occidental, depuis ces vingt dernières années

[Nagel/Dove, 1991]

Quelques références de l’agilité hors IT des années 90

Extrait de la couverture du livre Théorie de l’entreprise agile d’Olivier Badot :

« Un idéal organisationnel: celui de l’entreprise agile qui se caractérise par la coordination horizontale, le partage de l’information et une grande flexibilité à court terme. » 

Olivier Badot

Sur ce courant « années 90 » de l’entreprise agile, voir aussi le livre de Nagel, Agile competitors and Virtual Organizations :

Et celui de Rick Dove : Response Ability: The Language, Structure, and Culture of the Agile Enterprise

This timely guide is the ultimate resource for enterprises struggling to adjust to rapidly changing economic conditions and for managers at any level who must introduce agility into a department, division, or entire organization.

Vous pouvez aussi consulter l’article de Redouane Barzi dans la précieuse bibliothèque de www.cairn.infoPME et agilité organisationnelle : étude exploratoire (2011) :

Définie à l’origine dans le domaine du combat aérien comme la capacité à changer de manœuvres dans le temps (Richards, 1996), l’agilité a été étendue au contexte des affaires par un rapport publié en 1991 par le Iacocca Institute de Lehigh University en réponse à une requête du Congrès américain sur les facteurs susceptibles de favoriser la compétitivité de l’industrie américaine (Nagel, Dove et al., 1991).

L’agilité est alors présentée comme la capacité d’une entreprise à croître dans un environnement marqué par un changement continu et imprévisible d’un marché global, caractérisé par une demande de qualité supérieure, de haute performance, de faible coût et de produits et services correspondant aux exigences des consommateurs (Breu, Hemingway et al., 2001 ; Yusuf, Sarhadi et al., 1999 ; Badot, 1997).

De ce fait, les notions de flexibilité et de réactivité sont au cœur du concept de l’agilité (Sharifi, Zhang, 1999 ; Lindberg, 1990). Kidd (1994) leur associe la notion d’adaptabilité

Et le manifeste devient agile

Enfin, Patrice Petit, agiliste historique et créateur de l’Agile Tour, a mené sa petite enquête sur les coulisses de la rédaction du manifeste : Les Secrets du Mot « Agile » – 2016Je laisse la curiosité vous guider pour savoir comment le mot « agile » s’est invité dans l’élaboration du manifeste…

Et si vous n’êtes toujours pas convaincu parce que bon hein, on dit ce qu’on veut. J’invite quelqu’un que vous connaissez peut-être à apporter son témoignage là-dessus :

The word agile came from a book (1991) about 100 lean hardware companies who said that they were, number one, first lean, but they had become agile by involving the customer directly in product creation. So that would be my definition of actual. Lean plus getting the customer directly in the middle of innovation.

Jeff Sutherland co-creator of SCRUM in Understanding Agile Management

Alors ?

Le manifeste agile de 2001, élaboré par des praticiens de l’IT, s’appliquait aux équipes de développement logiciel en tentant d’abstraire des « valeurs » et des principes à partir de pratiques collectées au sein de différentes méthodes alors qualifiées de « légères« , cf. ce télégramme d’invitation par Alistair Cockburn à la fameuse conférence de 2001 à Snowbird :

Cet effort d’abstraction a permis au manifeste agile de dépasser le cadre initial du développement logiciel. Il a guidé depuis 2001 des milliers de praticiens, les amenant même dans le domaine …des transformations d’entreprise.

La boucle est bouclée, nous voilà revenus vers « l’entreprise agile » et nous pouvons encore utiliser la définition de l’agilité par Nagel et Dove en 1991 :

« Agilité = caractéristique qui permet à une organisation de PROSPÉRER dans un environnement de changement constant et imprévisible. »

Nagel & Dove

C’est ce que fait d’ailleurs Steve Denning dans son « Age of Agile » paru en…2018 !

Alors, comme le dit Judicaël : « Et non, la transformation agile n’est pas une extension des méthodes agiles… C’est bel et bien l’inverse. »

Hé bien, pas tout à fait encore, je discute dans l’article suivant de :

  • l’agilité ne s’obtient pas via des « méthodes »
  • produit agile et transformation agile ne sont pas équivalents

et de ce que ça change d’apporter ces distinctions.

Bon, en attendant, promis : vous ne direz plus que l’agilité, c’est un truc d’informaticien qui a démarré en 2001 avec le manifeste agile ?

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