Agilité, échelle et différents points de vue

Cet article est d’abord paru le site de Goood! en 2018.

Agile ?

UNE définition ?

Lors des sessions que j’anime sur la découverte de l’agilité, je commence souvent par un atelier sur les définitions d’ « Agile ».

Même, et surtout, entre personnes qui en font leur métier, la signification que chacun assigne à “agile”, cet adjectif du langage courant, peut-être source d’inlassables discussions !

Agile Borat

Il est assez significatif de rappeler que si le manifeste “agile” emploie ce mot dans son titre, il ne le définit nulle part. Les “valeurs” et les principes du manifeste décrivent de meilleures façons de développer du logiciel pas de conduire une entreprise.

Writing The Agile Manifesto (https://martinfowler.com/articles/agileStory.html)
We considered a bunch of names, and agreed eventually on « agile » as we felt that captured the adaptiveness and response to change which we felt was so important to our approach.

Martin Fowler

Adaptativité et réponse au changement, nous dit Martin Fowler co-auteur du manifeste. Seuls trois principes du manifeste emploient ensuite explicitement le mot agile ou agilité :

  • Agile processes harness change for  the customer’s competitive advantage.
  • Agile processes promote sustainable development.
  • Continuous attention to technical excellence and good design enhances agility.

C’est peu pour définir une démarche de changement qui peut impacter des centaines de personnes!

La tentation des frameworks

C’est sans doute pourquoi il est si tentant depuis une dizaine d’années de se jeter sur Scrum au niveau des équipes et qu’il devient quasi-automatique de se référer à SAFe© pour coordonner des programmes de plusieurs équipes.
Cela évite de réfléchir et de se poser trop de questions pour adapter des principes à un contexte donné.

Dan North et Scrum

Dans cette perspective, l’agilité à l’échelle devient “mettre à l’échelle Scrum” : c’est l’origine de SAFe©, de LeSS ou de Nexus. Même si petit à petit, SAFe©, le framework gourmand (voire vorace ?), tente de digérer d’autres approches : Kanban, Lean Startup, LeanUX, DevOps…

La nécessité de prendre du recul

Je pense nécessaire de prendre un peu de recul par rapport à ces automatismes.
C’est ce que nous avons exploré avec la métaphore holistique de l’Agile Rocket au niveau de l’agilité produit. C’est ce qu’Al Shalloway et son équipe propose  au niveau de la chaîne de valeur avec FLEX (FLow for Enterprise Transformation) : http://portal.netobjectives.com/pages/flex/ . C’est aussi le sens de la démarche “Agnostic Agile”.

Agnostic Agile

Persona “agile” et points de vue différents

Reconnaîtrez-vous des personnes de votre entourage dans ces caricatures de “persona agile” ?

  • Les agilistes « canal historique », ceux qui pratiqué eXtreme Programming AVANT l’écriture du manifeste agile et pour qui « agile » est une question de CODEURS, domaine réservé.
  • De manière assez amusante, leur définition d’agile recoupe partiellement celles des gens du marketing, des designers, pour qui « l’agilité, c’est les autres ! » Eux, c’est Lean Startup, Lean UX, Design Thinking, ça fait moins boueux…
une mêlée boueuse : une équipe Scrum ?

Voir les origines de l’Agile-IT : http://valuedrivenit.blogspot.fr/2014/11/history-of-agile.html

  • Les agilistes-sprinteurs qui ont découvert l’approche à travers Scrum et qui ont du mal à concevoir qu’une agilité puisse exister sans Product Owner (PO) et sans Sprint (bizarrement le Scrum Master, on s’en passe). Pour eux, l’agilité est surtout une affaire de développement de PRODUIT.
  • Les dirigeants “agilistes-cabris” (*), spécialistes des mots-creux, qui de cocktails en attentes de vol en première classe, ont abandonné le lean et sa mauvaise réputation, puis troqué le mot flexibilité qui évoquait trop « tordre le cou des salariés » pour agile. Ça sonne bien, même si on ne sait pas trop ce que ça veut dire au-delà de l’éternelle rengaine « better-cheaper-faster« . Ceux-là n’ont jamais lu le manifeste agile, mais Agile fait moins peur que libération de l’entreprise pour réduire la masse salariale en écrémant le middle-management.

(*) En référence au général de Gaulle «Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe! l’Europe! l’Europe!… mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien».

On pourrait bien entendu en rajouter d’autres : “SAFe agilist”, “Agiliste tribal”, etc. Chacun arrive avec un point de vue différent sur ce qu’est l’agilité et donc sur ce que peut représenter sa mise à l’échelle…

A l’échelle ?

Lorsque l’on parle « d’agilité à l’échelle« , de quoi parle-t-on au juste ? Quel est le point de vue d’où l’on considère ce sujet ?
A l’échelle de quoi ? d’un service, d’un produit, d’un programme ? de l’entreprise ?

On sent bien que définir le périmètre cible va être rapidement indispensable.

Mettre à l’échelle induit une vision linéaire, on met par exemple à l’échelle un dessin :

A l’échelle

La métaphore ne nous induit-elle pas en erreur ? La linéarité suppose que le tout est égal à la somme des parties, là où la systémique nous invite à considérer l’inverse, cf. What if Russ Ackoff had given a TED Talk?.

Russ Ackoff

Définir les problématiques d’agilité à l’échelle

Il me semblerait nécessaire de consacrer du temps afin d’essayer de se donner des bases de travail un peu moins floues !

J’ai consacré une conférence sur ce thème : « Agile, une histoire de flou! »

Agilité : une histoire de flou !


Pour poser les bases de la réflexion sur l’agilité à l’échelle, nous pouvons confronter les points de vue des différents personas évoqués plus haut, en cherchant à aller au-delà.

Par exemple, en revenant à l’expression anglaise d’origine qui suggère également deux approches différentes : « scaling agile » versus « agile at scale » :

« scaling agile « 

  • dans ce premier cas, le verbe évoque la mise à l’échelle de l’agilité et donc une idée de bottom-up. On part d’équipes agiles et on met à l’échelle. Ici on retrouvera la problématique de confondre équipe fonctionnant plus ou moins en Scrum et équipe présentant un réel comportement agile.

« agile at scale « 

  • dans ce second cas, pas de verbe, mais l’évaluation de la caractéristique “agile” à l’échelle d’une entité. On peut imaginer dans ce cas qu’on ne parte pas d’équipes supposées agiles, mais qu’on se pose la question de la rendre l’entité plus agile. On serait plutôt alors dans une démarche top-down où à la fixation d’un objectif d’agilité succède une stratégie de changement dans toutes les composantes de l’entité.

Je propose aussi de considérer que l’agilité se pense en plusieurs dimensions. J’invite à considérer la dimension horizontale et pas seulement verticale de la mise à l’échelle. A penser chaîne de valeur (et donc flux) et pas seulement organisation d’équipes.

Bref, à réfléchir avec les différentes parties prenantes pour expliciter l’objectif que l’on se fixe dans un contexte donné. L’agilité ne désignant qu’un moyen plutôt flou, sa mise à l’échelle n’en fait pas un objectif très clair…

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